Réformer l’Etat ?

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La réforme de l’Etat prend un nouveau tournant. La nomination en juin d’un secrétaire d’Etat, sur cette thématique, placé sous l’autorité du Premier ministre, laisse en tout cas le supposer.

Techniquement et politiquement, c’est un exercice délicat que celui de vouloir «réformer l’Etat». Cela revient de manière sempiternelle depuis plus de 50 ans et chaque gouvernement souhaite s’y attaquer, sans grand succès. On parle alors d’«Etat facilitateur», d’«Etat stratège». Ce sera le «renouveau du service public» ou la «révision générale des politiques publiques» et maintenant la «modernisation de l’action publique».

Dans une période où les tensions sont exacerbées à l’endroit de la puissance publique, où le besoin de transparence atteint des sommets (pensons à la création de la haute autorité pour la transparence financière de la vie politique), où la nécessité de prouver l’efficacité des politiques publiques devient un leitmotiv, il paraît, ici et maintenant, plus qu’essentiel de se poser la question de l’Etat au XXIsiècle.

Traditionnellement, ce sont les grands acteurs institutionnels de l’Etat (Cour des comptes, corps d’inspection, etc.), et plus récemment les cabinets de conseil, qui diagnostiquent les problèmes et proposent des solutions à adopter.

A l’opposé des méthodes passées, ne serait-il pas alors temps de penser et de construire une réflexion avec les sciences sociales ? Qu’est-ce que l’Etat dans une société bouleversée par les crises ? Quelles sont ses frontières ? Comment l’articuler avec la révolution numérique qui se fait jour ? N’est-il pas nécessaire de revoir les indicateurs et la mesure de sa performance ?

La figure du chercheur, de l’intellectuel qui s’engage dans la vie de la cité renvoie nécessairement à celle de Pierre Bourdieu. Mais, au-delà, comment les sciences sociales peuvent-elles innerver la dynamique de la démocratie et contribuer à la décision publique ? Les travaux universitaires existent. Il y a ceux qui ont pignon sur rue et accès aux médias, en histoire ou en philosophie, de Marcel Gauchet, Pierre Rosanvallon, ou encore Dominique Schnapper. Derrière cette face visible, il existe aussi toute une constellation de chercheurs qui travaillent sur l’action publique et qui seraient prêts à contribuer à une entreprise de réflexion. Des sociologues, des politistes qui, chaque jour, sur le terrain, glanent des informations précieuses sur le fonctionnement de l’Etat, sur le lien entretenu avec les usagers des services publics, sur la construction des politiques territoriales, etc. Des données essentielles qui pourraient davantage être valorisées si une place plus grande était faite aux chercheurs dans le cadre de travaux d’évaluations des politiques publiques.

Ceci est une invitation à engager un dialogue fécond entre savoir et pouvoir, entre théorie et action. Il est faux de penser que les sciences sociales ne sont pas opérationnelles et ne peuvent pas éclairer la décision publique. En déconstruisant ce qui existe, en poursuivant une critique des institutions, en étant des capteurs des innovations et des difficultés rencontrées sur le terrain, elles sont des alliées précieuses pour qui décide de s’engager sur la voie de nouvelles politiques publiques. Le changement de méthode dans la réforme de l’Etat, c’est maintenant ?

 

Cet article est également paru dans Libération. Cliquez sur l’image pour accéder au site.

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