« Gouverner, c’est réformer »… et construire l’État de demain

Contributions_modifié-1Lors de la déclaration de politique générale, au détour d’une anaphore, le Premier ministre Manuel Valls a affirmé que « gouverner, c’est réformer ». Cette affirmation, cette mise en exergue de la nécessité de réformer, notamment l’État, est une constante depuis plus d’un demi-siècle comme le montrent les travaux du politiste Philippe Bezes.

La méthode est aujourd’hui posée : il s’agit de « faire le tri dans les missions de l’État », explique Thierry Mandon, secrétaire d’État à la réforme de l’État et à la simplification auprès du Premier ministre, qui prépare un plan d’action.

PENSER L’ETAT DE DEMAIN

Or, l’exercice est ardu. Il se dessine et se joue dans une urgence qui laisse peu de temps pour faire un travail d’analyse puis de prospective. L’enjeu est pourtant là : il est nécessaire de penser et construire l’État de demain, celui du XXIe siècle.

En matière de gestion publique, quelques axes de travail pourraient être envisagés (voir notamment les 13e Rencontres internationales de la gestion publique sur ce sujet) :

– La question de l’évaluation des politiques publiques est essentielle. Elle permet de garantir la transparence de l’action et de reconstruire la confiance à l’égard des institutions publiques. Néanmoins, la complexité de l’action publique rend difficile cette activité qui mérite d’être davantage investie par la recherche et armée méthodologiquement pour être mieux corrélée à la décision publique.

– Adossée à la pratique de l’évaluation des politiques publiques, l’expérimentation pourrait être une source de renouvellement de l’action publique. En effet, elle permet de tester, sur un territoire donné, un dispositif avant de le généraliser. C’est une méthode qui intègre à la définition des projets à venir les enseignements de l’expérience. Elle réduit l’incertitude mais comporte quelques difficultés de mise en œuvre (éthique, passage à l’échelle, etc.).

 

DES « FABLABS » INTERNES A L’ADMINISTRATION ?

– Les démarches de coproduction de services publics se développent. Elles s’articulent autour de la notion de participation. On parle de co-construction et d’innovations collaboratives, voire de « design » des politiques publiques ; l’idée étant de s’appuyer sur les différentes parties prenantes, citoyens, entreprises, associations, pour concevoir, mettre en œuvre et évaluer les politiques publiques. Comment alors trouver des leviers pour faire des citoyens des contributeurs actifs du bien commun ? La création de fablabs, internes à l’administration, pourrait être une solution. Le Danemark a, par exemple, crée un organisme interministériel, le Mindlab, chargé de promouvoir l’innovation dans le secteur public et d’introduire de la créativité dans la fabrique des politiques publiques.

– Tous les domaines peuvent gagner à collaborer avec les citoyens, y compris le budget. La gestion commune et la publicité des choix, outre le lien social, permettent de responsabiliser l’ensemble des parties prenantes à l’utilisation des deniers publics. On parle alors de budgets participatifs. C’est notamment cette voie qu’est en train d’explorer la mairie de Paris, dans la veine des expériences nées à la fin des années 1980 à Porto Alegre, au Brésil.

 

RENONCER A LA COMPLEXITE ADMINISTRATIVE

Il semble alors impératif de renoncer à une partie de la complexité administrative, qui paraît toujours nécessaire d’un point de vue interne, mais qui nuit à la transparence des activités, décourage des populations, se traduit par toujours plus d’audits et de procédures qui creusent un gouffre d’incompréhension. Certains psychanalystes, comme Roland Gori, fondateur de l’Appel des Appels, insistent sur la nécessité de réinsérer de l’humain et du bon sens dans la gestion des administrations. Ce dernier préconise notamment de réintroduire les récits de vie, les savoirs issus de l’expérience, en donnant du sens au pouvoir de la parole.

– Le travail des administrations n’est plus seulement de créer des formulaires et de mettre des agents à disposition des usagers. Le principal enjeu est aujourd’hui de « rendre accessible », notamment aux « populations invisibles » de l’administration mises en exergue par le philosophe Guillaume Le Blanc. Rendre accessible passe, par exemple, par l’amélioration des relations avec les usagers et les publics réfractaires.

 

CONTROLER L’ACTIVITE DES ADMINISTRATIONS

– La croissance des attentes vis-à-vis des administrations, notamment en matière de transparence de gestion et de traitement des dossiers, invite à prendre la mesure de l’entrée dans une « démocratie ubiquitaire » selon les mots de la chercheure Ksénia Ermoshina de l’École des Mines, où chacun peut contrôler, avec un accès internet, l’activité des administrations et l’utilisation des deniers publics. C’est le cas en Russie où certaines applications mobiles permettent aux utilisateurs de s’investir activement dans la gestion et le contrôle des services publics (en l’espèce, la gestion des routes). On entrevoit alors le développement d’un nouveau type de citoyenneté.

Au-delà, c’est à un effort d’imagination collective que nous sommes confrontés pour remettre l’État au cœur de la société. La « révolution numérique » devrait inviter les organisations publiques et leurs dirigeants à repenser l’État ou peut-être envisager sa disparition au profit de nouvelles formes qu’il nous reste à inventer.

 

Cet article est également paru dans La Tribune. Cliquez sur l’image pour accéder au site.

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