« L’Etat doit être un lieu de production de connaissance »

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Interview réalisé par Raphaël Moreau et paru dans Acteurs Publics.

Conseiller scientifique aux ministères de Bercy et maître de conférences associé à Sciences-Po Lille, Nicolas Matyjasik a ouvert le 26 février, avec Fabien Gélédan du SGMAP, un cycle d’échanges sur « les futurs de l’action publique ». Il explique à Acteurs publics l’importance de ces réflexions autour du nouveau management public, de l’évaluation et de l’expérimentation des politiques publiques.

Vous avez ouvert le 26 février à Bercy un cycle de débats autour des « futurs de l’action publique », qui se poursuivra tout au long de l’année 2015. Quel est le sens de ce séminaire ?

Nous avions consacré l’an dernier, avec l’Institut de la gestion publique et du développement économique (IGPDE) et le Secrétariat général pour la modernisation de l’action publique (SGMAP), un séminaire sur les évolutions managériales en cours dans la fonction publique, et notamment sur le New Public Management. Ces débats s’étaient terminés en cherchant de nouvelles perspectives afin de penser l’action publique au-delà des simples indicateurs, tableaux de bord et normes d’évaluation. Cette année, pour la deuxième saison du séminaire, nous voulons partir de ce bilan, et tirer les fils de la réflexion pour envisager de nouvelles formes d’organisation publique.

Vous vous penchez notamment sur l’évaluation des politiques publiques ?

L’an dernier, cette question de l’évaluation était apparue au centre des réflexions. Elle était critiquée dans sa forme actuelle parce que trop quantitative, trop gestionnaire, parfois source de violence au travail. L’évaluation des politiques publiques est pourtant essentielle pour garantir l’efficacité de l’action publique et rétablir la confiance envers les institutions. Nous voulons cette année poursuivre les débats pour penser de nouveaux modèles d’évaluation et d’organisation, en rupture avec le New public management.

Vous soulignez aussi l’importance de l’expérimentation…

L’expérimentation existe depuis le début du XXe siècle aux États-Unis mais on la découvre seulement aujourd’hui en France. En testant sur un territoire des dispositifs avant de les généraliser, en donnant plus de droits à l’erreur, en intégrant les enseignements de l’expérience, on peut renouveler en profondeur l’action publique. C’est le sens du courant de l’« Evidence based policy » [La politique fondée sur la preuve, ndlr], popularisée notamment par Tony Blair au Royaume-Uni. Il s’agit aussi de s’interroger sur les limites de l’expérimentation (éthique, passage à l’échelle, etc.).

Ce droit à l’erreur ne risque-t-il pas d’engager l’administration sur une fausse route ?

Il faut savoir dire, quand on fait partie d’une certaine « élite » administrative, qu’il arrive de se tromper, que l’on n’est ni omniscient, ni omnipotent. Il serait peut-être plus sain pour la démocratie que les élus et décideurs publics puissent dire « je ne sais pas », « je ne peux pas », ou bien « réfléchissons ensemble car je n’ai pas la solution ». C’est tout le sens de la coproduction des services publics, de l’innovation collaborative qui se dessine parmi les futurs possibles de l’action publique. Le séminaire que nous organisons se penche sur cet empowerment, c’est-à-dire cette nouvelle capacité d’agir conférée aux individus, qui se confronte aussi à certaines limites. Parce que les gens n’y voient pas d’intérêt, parce qu’ils ont l’impression que leur parole n’est pas prise en compte et ne sert pas une véritable codécision…

Vous abordez aussi des éléments beaucoup plus concrets, comme les espaces de travail…

L’objectif de ces échanges est d’articuler la théorie à la pratique, d’allier l’action à la réflexion. Nous avons donc décidé de nous emparer de deux objets très concrets que sont les espaces de travail et les réunions administratives. Pour le premier, la réflexion ne se cantonnera pas au télétravail et à l’open space. Nous voulons aborder des enjeux plus globaux comme les questions induites par l’essor des start-up d’État, ou le co-working qui recouvre l’idée de mélanger des fonctionnaires à d’autres professionnels, dans un même espace de travail. La logique est la même pour les réunions. Tout le monde a connu des réunions mal préparées, sans ordre du jour, où les positions sont figées et où seul le chef a la parole. Nous voulons déconstruire ça pour voir comment améliorer ce moment central dans l’organisation des administrations.

Quel est l’objectif à la fin de ce cycle de débat ? Allez-vous formuler des recommandations ?

Il y aura bien sûr des synthèses de notre travail, diffusées sous forme de notes ou d’un rapport montrant l’intérêt de ce type de démarches. C’est un séminaire gratuit et délibérément ouvert à tous ceux qui souhaitent réfléchir à l’action publique, qu’ils soient chercheurs, étudiants, fonctionnaires, élus, décideurs publics, à tous les échelons de la hiérarchie, ou encore citoyens. L’État du XXIe siècle se doit d’être un lieu de production de la connaissance. Pour agir dans le domaine public, il faut comprendre et penser notre monde. Ce séminaire entend y participer.

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