« Nous sommes un peuple » ? Chiche !

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«Je me révolte, donc nous sommes» d’Albert Camus résonnait il y a peu dans les rues. Esprit du 11 janvier es-tu là ? Les jours passent et plus rien. La ferveur citoyenne née en ce début d’année est retombée. Pire, les échéances électorales qui arrivent vont, très certainement, consacrer le repli sur soi, la tendance à l’individualisation de la société. Nous sommes responsables, collectivement.

Ne soyons pas faussement naïfs, la faute pèse, aussi et surtout, sur les épaules de l’action des pouvoirs publics. Jamais les individus n’ont eu autant envie de politique et notre pays regorge d’initiatives locales pour construire du commun. Pourtant, nous recyclons des recettes erronées et des dispositifs hors-sol, nous peinons à valoriser ce qui se fait concrètement sur les territoires et à développer des synergies; la démocratie participative doit trouver un nouveau souffle. La connexion doit être rétablie. Comment faire des citoyens des contributeurs actifs du bien commun ? De quelle manière reconstruire un récit positif, faire société ? De nouvelles formes de citoyenneté émergent, elles doivent être encouragées et stimulées.

INTELLIGENCE COLLECTIVE

L’action publique est au cœur de ce chantier. Le monde et la société changent. Le service public doit évoluer ; il se transforme déjà sous l’action de ses agents. Il doit prendre en compte de plus en plus la dimension citoyenne, retrouver le sens de l’action collective. Il s’agit aujourd’hui de passer de la simple analyse du besoin de l’usager à la co-construction de l’action publique avec le citoyen, du simple service offert à l’usager-consommateur à une action publique construite avec le citoyen-acteur. Cette intelligence collective constitue la meilleure garantie d’une action publique respectueuse des différences et soucieuse d’apporter à chacun un service de qualité sur son territoire.

L’action publique ne sera efficace que par un triptyque combinant la force d’un Etat garant des solidarités et de la cohésion nationale, le dynamisme de collectivités territoriales construisant leur action autour de projets de territoires, et l’énergie des citoyens engagés et porteurs de projets individuels et collectifs.

Le défi de l’innovation publique territoriale qu’il nous faut inventer, c’est de construire l’alliance entre la force, la continuité, la pérennité et la garantie d’égalité des structures publiques d’une part, et le dynamisme, la réactivité, la rapidité et la créativité des projets émergents individuels ou collectifs d’autre part. Cette alchimie de l’engagement citoyen trouvant son efficacité dans le creuset actif des territoires de vie, il doit être relayé et soutenu par nos politiques publiques.

NOUVEAU MODÈLE COOPÉRATIF

C’est notre modèle de fabrique des politiques publiques qu’il faut revoir. Des initiatives, des fertilisations croisées se dessinent dans les territoires. Des reconfigurations, publiques, privées, associatives, entrepreneuriales, sont à l’œuvre : la société civile sort de ses frontières et invente un nouveau modèle coopératif. Elle doit être invitée à la co-construction des politiques publiques, co-construction consubstantielle à l’idée même de démocratie. Il nous faut réaffirmer que nous sommes «contraints» à prendre soin les uns des autres. L’action publique doit rester le «ciment» du lien social maintenant ainsi la promesse républicaine d’une société plus juste qui produit de l’empathie et de l’espoir.

La loi NOTRe, récemment votée en première lecture à l’Assemblée Nationale, est une fenêtre d’opportunité. Elle peut permettre de créer les conditions politiques du débat et mettre ces questions à l’agenda : porter un regard neuf sur l’action citoyenne, sur la capacité des individus à s’engager, à être engagés.

«HUILER LE MOTEUR SOCIAL»

Le grand sociologue américain Richard Sennett, dans un son dernier opus, Ensemble. Pour une éthique de la coopération, nous donne quelques pistes pour «huiler le moteur social». Il suggère notamment de retisser les liens entre les individus afin que chacun puisse s’enrichir de l’expérience de l’autre au lieu de vivre l’altérité comme une menace. Cet apprentissage constitue une ressource pour construire un vivre ensemble malmené par les difficultés de la vie quotidienne. C’est cet appel à la coopération que nous faisons ici. Savoir mettre en musique des voix divergentes pour produire une ambition collective, redonner du souffle à la démocratie, telle est notre ambition.

Les événements de janvier ne sont pas les épisodes d’un roman de notre histoire que nous pouvons ranger dans la bibliothèque de nos souvenirs. Les poisons idéologiques qui abîment au quotidien notre beau principe du «bien vivre ensemble» doivent pouvoir être neutralisés par la ré-adhésion populaire à l’ «Identité» Républicaine.

Au lendemain des rassemblements citoyens, un quotidien titrait : «Nous sommes un Peuple» ; Alors «chiche» !

 

Tribune co-écrite avec Akim Oural, Maire adjoint de Lille

Autres signataires :

Claudy Lebreton, président de l’Assemblée des Départements de France

Jean Paul Delevoye, président du Conseil Economique, Social et Environnemental

Denis Vallance, directeur général des services, conseil général de Meurthe-et-Moselle

Laurence Monnoyer-Smith, professeure des universités, Université de technologie de Compiègne

Pour accéder à la version publiée sur Libé, cliquez sur l’image !

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