L’expérimentation, Frankenstein et la vie de laboratoire des politiques publiques

Contributions_modifié-1

Ce texte sera publié dans le nouvel ouvrage de La 27e Région, Chantiers ouverts au public, rédigé et orchestré par Pauline Scherer et disponible en librairie dès la fin du mois d’octobre 2015 : http://www.la27eregion.fr/publications/chantiers-ouverts-au-public/ Il a été présenté lors de la semaine de l’innovation publique à Super Public.

L’action publique n’est pas un laboratoire scientifique. Nous ne vivons pas, dans la cité, comme des cobayes attendant une potion magique ou une injection létale. Et pourtant, les injonctions expérimentatrices pénètrent de plus en plus les discours et les pratiques politico-administratives. Adossée à la pratique de l’évaluation des politiques publiques, l’expérimentation serait une source de renouvellement, un nouveau « gold standard » de l’action publique si on en croit ses promoteurs [1]. Davantage innervée des réalités sociales du terrain et permettant de sortir des exercices de mesure réalisés a priori donc déconnectés de l’action, l’expérimentation constituerait un possible antidote à la fièvre quantophrénique [Pathologie qui consiste à vouloir traduire systématiquement les phénomènes sociaux et humains en langage mathématique]. Au-delà de cette vision romantique, il semblerait que cette méthode ne soit pas sans conséquences sur la conduite des affaires publiques. Quels sont les enjeux et les possibilités de déploiement pour l’administration ? C’est sur cette double question que nous plancherons dans ce texte.

Expérimenter plutôt que quantifier ?

Lire la suite

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

Quelques considérations sur le « bon gouvernement » du 21e siècle

Contributions_modifié-1Le professeur Pierre Rosanvallon s’est très récemment exprimé, dans la presse, sur son nouvel opus, le Bon gouvernement (Seuil, août 2015). Lors de cette entrevue, il a émis des constats et fait quelques propositions pour revitaliser la démocratie et je le cite : « pour sortir du cycle de la répétition et de la décomposition ». Tout cela est bienvenu et s’inscrit dans une position, trop souvent oubliée par les sciences sociales depuis les figures d’intellectuels engagés comme Albert Camus ou Michel Foucault, où le savant éclaire le politique.

A la lecture de cet échange, il semble intéressant de faire trois compléments que nous souhaitons inscrire dans une optique : davantage concilier théorie et pratique. Comme nous avons déjà pu l’écrire, il est important, pour agir dans un monde complexe et incertain, de le comprendre. Or cet effort est bien souvent écarté par les décideurs politiques et administratifs pris dans une dictature de l’urgence, incapables d’envisager le futur et de s’inscrire dans un temps long.

Trois remarques donc pour réintroduire des idées dans la fabrique de l’action publique :

Lire la suite

Poster un commentaire

Classé dans Ecrits

Comment réintroduire de l’imagination en politique ?

Contributions_modifié-1

A l’ère de la realpolitik, l’imagination a mauvaise presse

La politique, telle qu’elle se joue aujourd’hui, marque le triomphe du pragmatisme. On mesure la bonne santé d’un Etat à l’aune de ses indicateurs économiques (taux de chômage, balance commerciale, montant de la dette et du déficit public, etc.), rarement au regard de ses objectifs de justice sociale ou de solidarité. La performance est sacralisée; ses contraintes bornent l’horizon. Le champ lexical tourne en boucle autour du triptyque « crise, austérité, sacrifice ».

L’incapacité à se projeter dans un avenir commun est palpable; on se situe toujours dans le cadre étroit de recettes explorées par le passé, notamment lors de la crise de 1929. Les solutions d’austérité prônées par les institutions internationales dans les pays en développement viennent cette fois de nous être appliquées en Europe, sans alternative possible, dans un contexte où il n’existe pas de consensus populaire pour soutenir ces solutions.

On demande aux individus de se passionner pour la chose publique alors qu’aucune voie exaltante n’est envisagée. Seules des réponses populistes viennent combler ce vide. Personne ne semble plus rien vouloir attendre de la politique quand, dans le même temps, le politique, c’est-à-dire notre capacité à voisiner, à vivre en commun dans la cité, se réduit comme peau de chagrin.

Le « virtuel est la vertu de l’homme » écrit joliment Michel Serres dans son dernier livre, Le Gaucher boiteux (Le Pommier, 2015). Mais de quelles façons réintroduire de l’imagination en politique? Comment lire le monde qui vient, dessiner des possibles et explorer les étendues de l’impossible? Quels sont nos rêves collectifs désormais?

Lire la suite

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

“Le corps politique n’a pas d’agilité à l’égard du numérique”

Vidéos_modifié-1La révolution numérique cache-t-elle certains dangers pour l’État ou est-elle une opportunité manquée par la classe politique et l’administration pour repenser le fonctionnement du secteur public au XXIe siècle ? Au-delà des nouveaux outils technologiques, le numérique est aussi porteur d’idéologie et de transformation de la société et des relations entre l’État et le citoyen. Présents lors de la 8e édition des Rencontres des Acteurs publics le 2 juillet, Gilles Babinet, entrepreneur nommé “digital champion” de la France auprès de la Commission européenne, le maire adjoint de Lille et membre du Conseil national du numérique, Akim Oural, et Nicolas Matyjasik, conseiller scientifique aux ministères de Bercy et maître de conférences associé à Sciences-Po Lille, dressent un état des lieux sévère de la prise en charge du sujet numérique par les pouvoirs publics.

Capture d’écran 2015-07-28 à 21.02.12

Cliquez sur l’image pour accéder à la vidéo.`

Crédit: Acteurs publics TV

 

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

Muscler la fabrique de l’action publique

Contributions_modifié-1

D’un côté, les producteurs de connaissances. De l’autre, les décideurs politiques. Pour construire leur pensée, les premiers prennent un temps dont les seconds ne disposent pas. Mais ne faut-il pas museler l’urgence de l’action pour donner une chance à la réforme ?

« Je me révolte, donc nous sommes ». Cette formule d’Albert Camus résonnait il y a peu dans les rues de Paris. Ces fameux mots qui donnent envie de s’engager, d’aller vers les autres, de poursuivre un idéal, collectivement. C’est aussi cela qui se jouait dans les manifestations du début d’année 2015. Comment faire, à sa modeste échelle, pour contribuer au bien commun, améliorer les choses, défendre des valeurs et des idées ? Les sciences humaines et sociales ont, dans cette affaire, leur partition à jouer.

Ces questions se déplacent aussi sur le terrain de l’action publique, celui de la production par l’État de politiques publiques censées répondre aux problèmes de la société, et de son amélioration. Ce que communément, nous appelons la réforme de l’État, sa modernisation.

L’action publique d’aujourd’hui ne doit plus se contenter de répondre par des dispositifs hors-sol, continuer à recycler les mêmes recettes et ne pas ouvrir les yeux sur le monde et les individus qui l’entourent, les usagers, mais aussi les publics réfractaires gagnés par l’invisibilité sociale. Loin de l’omniscience, parfois cloisonnée, l’action publique peine à sortir de ses modes de pensées et d’action, de ses référentiels administratifs et politiques ; elle doit s’ouvrir.

La production de connaissances est exigeante, elle demande du temps. La politique n’en dispose pas, elle se veut dans la réponse immédiate et l’action à court terme. Injonctions paradoxales. Il paraît pourtant nécessaire de réaccorder les temporalités, de lutter contre la dictature de l’urgence imposée par les médias. La course effrénée contre le temps privilégie un discours incantatoire sur l’action, mais ne permet pas d’avoir une visée prospective, une capacité de prévision sur les évolutions qui se dessinent. De quelles manières capter et anticiper les besoins sociaux ? Comment expérimenter et apporter des solutions ? En somme, par quels procédés articuler réflexion et action pour réformer ?

Capture d’écran 2015-06-18 à 08.52.49

Crédit : Bruno Mangyoku

Misère de la pensée

Lire la suite

Poster un commentaire

Classé dans Ecrits

Transparence, données ouvertes, utopies numériques… L’État en réanimation artificielle?

Contributions_modifié-1

La défiance des Français envers la politique atteint des niveaux record. Le repli et l’individualisation, sont en train de miner notre quotidien. Les crises perturbent notre pacte républicain. L’État apparaît plus comme un problème que comme la solution, pour reprendre la tristement célèbre maxime du reaganisme des années 1980. Dans l’opinion, on voit bien resurgir le discours sur les privilèges de la fonction publique, l’inefficacité des services publics. En même temps, les jeunes se désintéressent de plus en plus des carrières publiques qui leur semblent sclérosées.

Paradoxalement, on se gargarise. Le big data, les objets connectés, la révolution numérique arrivent dans les administrations publiques. Cela serait notre salut. En 2016, la France présidera même le très sérieux Partenariat pour un Gouvernement Ouvert (Open Government Partnership), initiative multilatérale qui compte aujourd’hui 65 pays membres et vise notamment à « exploiter les nouvelles technologies et le numérique pour renforcer la gouvernance publique, promouvoir l’innovation et stimuler le progrès ».

Lire la suite

Poster un commentaire

Classé dans Ecrits

« Nous sommes un peuple » ? Chiche !

Contributions_modifié-1

«Je me révolte, donc nous sommes» d’Albert Camus résonnait il y a peu dans les rues. Esprit du 11 janvier es-tu là ? Les jours passent et plus rien. La ferveur citoyenne née en ce début d’année est retombée. Pire, les échéances électorales qui arrivent vont, très certainement, consacrer le repli sur soi, la tendance à l’individualisation de la société. Nous sommes responsables, collectivement.

Ne soyons pas faussement naïfs, la faute pèse, aussi et surtout, sur les épaules de l’action des pouvoirs publics. Jamais les individus n’ont eu autant envie de politique et notre pays regorge d’initiatives locales pour construire du commun. Pourtant, nous recyclons des recettes erronées et des dispositifs hors-sol, nous peinons à valoriser ce qui se fait concrètement sur les territoires et à développer des synergies; la démocratie participative doit trouver un nouveau souffle. La connexion doit être rétablie. Comment faire des citoyens des contributeurs actifs du bien commun ? De quelle manière reconstruire un récit positif, faire société ? De nouvelles formes de citoyenneté émergent, elles doivent être encouragées et stimulées.

INTELLIGENCE COLLECTIVE

L’action publique est au cœur de ce chantier. Le monde et la société changent. Le service public doit évoluer ; il se transforme déjà sous l’action de ses agents. Il doit prendre en compte de plus en plus la dimension citoyenne, retrouver le sens de l’action collective. Il s’agit aujourd’hui de passer de la simple analyse du besoin de l’usager à la co-construction de l’action publique avec le citoyen, du simple service offert à l’usager-consommateur à une action publique construite avec le citoyen-acteur. Cette intelligence collective constitue la meilleure garantie d’une action publique respectueuse des différences et soucieuse d’apporter à chacun un service de qualité sur son territoire.

Lire la suite

Poster un commentaire

Classé dans Ecrits