Archives de Tag: Démocratie

En finir avec le New Public Management (The war is over, the victors have lost)

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Dans cet ouvrage co-dirigé avec Marcel Guenoun, nous détricotons les thèses du New Public Management, cet art néolibéral de gouverner. Avant-goût :

Si « l’État est indissociablement une solution et un problème », alors il était prévisible que le New Public Management(NPM), qui se posait en solution au problème de l’État, par sa banalisation voire sa dilution, se mut progressivement en problème.

 

Le titre de cet ouvrage En finir avec le New Public Management mêle à la fois un constat et une espérance. Il constate que le NPM est en passe de ne plus être revendiqué comme étendard des réformes administratives mais il porte également l’espérance (ou l’impératif) que vienne la fin du NPM au profit d’autres modèles d’inspiration de l’action publique.

Cet ouvrage est justement tout entier consacré au(x) problème(s) que pose le NPM. Les contributions qu’il contient se répartissent en trois catégories : tout d’abord, des recherches qui circonscrivent le NPM en analysant son origine, son contenu et sa portée sur les administrations, en France, en Europe et dans le monde ; ensuite des recherches qui dénoncent les vices dissimulés et les effets imprévus du NPM et, enfin, des travaux qui explorent les formes que prennent ou pourraient prendre l’action publique après le NPM.

Mais qu’est-ce que ce NPM avec lequel on devrait en finir ? Immédiatement les difficultés commencent car le NPM est un étrange puzzle doctrinal doté d’une variété de fondements conceptuels (notamment les principes de l’organisation scientifique du travail et les postulats de l’école des choix publics et de la nouvelle économie institutionnelle), qui au fur et à mesure de leur mise en œuvre ont abouti à une multiplicité de configurations d’application et à une variété encore plus grande de pratiques effectives.

Pour aller plus loin :

La fin de l’histoire du NPM ?

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Macron, Benalla et les fonctionnaires

Contributions_modifié-1Les représentants des syndicats de la police nationale n’ont pas compris : comment le Président de la République, chef des armées, garant des institutions et du respect de la constitution, a-t-il pu préférer un conseiller en sécurité aussi peu expérimenté qu’Alexandre Benalla en lieu et place des agents officiels du GSPR (le Groupe de sécurité de la présidence de la République) ? Pourquoi celui qui «n’était diplômé en rien», «avait accès à tout» pour reprendre les mots de David Le Bars, du syndicat des commissaires de la police nationale ?

Ce choix a été vécu comme une gifle. Une humiliation pour tous ceux et toutes celles qui ont donné ou risqué leur vie pour protéger notre pays depuis des mois, pour ces policiers et ces gendarmes qui tentent de remplir au mieux leur mission dans un contexte tendu, celui de la menace terroriste, malgré la vétusté de leurs équipements et la souffrance psychologique qui s’accumule.

Aujourd’hui, ces mêmes fonctionnaires sont la cible du plan de communication de la République en marche (LREM) : l’affaire serait politico-policière. Une vengeance motivée par la jalousie. Indécent en cette semaine où nous découvrions les détails du comportement héroïque du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame.

Le policier est un fonctionnaire maltraité comme un autre

L’affaire Benalla traduit en fait la vision profonde qu’Emmanuel Macron entretient de l’Etat et de ses serviteurs, les fonctionnaires. Trop chers, inefficaces et inopérants, de l’ancien monde en somme. Une idéologie qui l’aveugle au point de préférer son clan, au dévouement, à la qualification et à l’expérience. En cela les policiers sont des fonctionnaires comme les autres : méprisés par un pouvoir arrogant, disqualifiés car émanant de l’administration.

Stigmatiser les fonctionnaires de la sorte revient pourtant à éluder la question centrale : quels sont les services de l’Etat qui transférés au privé coûteraient moins chers et seraient plus efficaces pour les citoyens-usagers? En l’espèce, l’affaire Benalla nous donne un premier élément de réponse : le privé a coûté un «pognon de dingue». Et il a dérapé au point de mettre en danger la démocratie.

Il est des domaines dans lesquels l’efficacité du service public prime sur celle du privé. La sécurité de la présidence de la république en fait notamment partie. C’est pourquoi, il revient aux fonctionnaires de police ou à des personnels de gendarmerie d’exercer la mission régalienne qui consiste à protéger les chefs d’Etat.

Moralisation de l’exécutif

Mais plus inquiétant encore, à travers cette affaire, nous découvrons que l’Etat semble aujourd’hui dirigé par un clan. Un clan qui nie les corps intermédiaires et les contre-pouvoirs, quand il ne les violente pas. Un clan qui accuse les parlementaires, la presse, les syndicats, de «ralentir» l’efficacité du travail gouvernemental. Le refus de dialoguer avec ces corps intermédiaires illustre en fait le grand amateurisme et la fragilité d’un pouvoir qui craint d’échanger avec des organisations compétentes.

Ce scandale d’Etat souligne également la nécessité de renforcer le contrôle et la transparence de l’exécutif. Car ce qui est en jeu ici, c’est aussi l’affaire des chargés de mission à l’Elysée. Et ceci n’est pas anodin. Tout d’un coup, nous nous rendons compte qu’Emmanuel Macron dirige la France de manière assez opaque. On ne connaît pas exactement ses collaborateurs (qui sont-ils ? quels sont leurs fonctions, leurs rémunérations et privilèges ?). Pourtant, ils s’occupent de sujets aussi importants que la sécurité ou le terrorisme.

Dans un contexte où la défiance des citoyens est grande à l’endroit de la chose publique, il est plus que nécessaire de rénover et de moraliser la vie politique. Des avancées ont été faites en la matière, notamment pour les parlementaires, mais elles sont peu concernées l’exécutif. C’est à ce niveau qu’il faut maintenant être exemplaire.

Ce ne sont pas des ajustements mais des questions d’ordre constitutionnel que pose la présidence de la République en termes de transparence, de prévention des conflits d’intérêts et de séparation des pouvoirs avec le judiciaire.

La liste des sujets à mettre sur la table est longue : régulation du nombre des collaborateurs du président de la République, pouvoir de nomination du président de la République dans les emplois à la discrétion du gouvernement, immunité du président de la République pour les actes se rapportant à sa fonction et inviolabilité pendant le temps de son mandat pour les actes de sa vie civile, compatibilité du droit de grâce du président de la République avec la séparation des pouvoirs, etc. Un chantier colossal pour un nouveau monde démocratique.

Cette tribune co-écrite avec Aurore Lalucq, économiste et porte-parole de Génération.s est à retrouver dans le journal Libération :

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Le service public, une exigence démocratique

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Extraits de l’entretien que j’ai réalisé avec Anna Musso et paru dans le journal l’Humanité le 9 mars 2018 :

Réforme hospitalière, réforme du baccalauréat,  ordonnances SNCF… comment analysez vous la politique du gouvernement en matière de service public ?

On remarque une certaine urgence à agir, il faut être dans la démonstration de la modernité. Aller vite, utiliser un champ lexical qui induit la rationalisation, la transformation, allumer différents feux pour être en mouvement et insaisissable pour ses adversaires.

Un engrenage de réformes, pointillistes et peu coordonnées, qui manque d’une vision globale sur ce que doivent être les services publics au 21e siècle. Cette question de l’Etat, de nos services publics, est pourtant essentielle car elle est au carrefour de la réflexion sur notre avenir commun. Elle conditionne ce que nous souhaitons pour le vivre-ensemble, le maillage de nos liens sociaux et de nos territoires.

Depuis une soixantaine d’années, les gouvernements successifs se sont empressés de vouloir moderniser l’Etat, ce que montre très bien les travaux du politiste Philippe Bezes (Réinventer l’Etat. Les réformes de l’administration française), sans penser ce que devait être l’Etat. Avec en toile de fond, depuis les années 1980, cette fameuse saillie de Reagan : « L’Etat est plus le problème que la solution ». Il faut donc réduire les périmètres d’intervention, libéraliser. C’est l’ère des méthodes privées appliquées aveuglément à la sphère publique, le New Public Management.

Les fonctionnaires sont trop souvent et depuis bien longtemps des boucs-émissaires, ils sont des chiffres qu’on l’on pourrait baisser à l’infini. Ce culte du chiffre est absurde, il faut le désacraliser.

Les fonctionnaires, ce sont des femmes et des hommes engagés, ce sont des visages, ce sont les artisans de la République du quotidien. Car ce sont des métiers et des vocations, qui s’ils étaient supprimés, réduits ou transférés au privé, rendraient notre vie plus coûteuse, plus angoissante. Imaginez si nous devions payer directement, par nous même, pour notre santé, notre sécurité, l’éducation de nos enfants, ou le régime de retraite de nos parents.

Justement, face à sa disparition dans les territoires, que reste-t-il de l’esprit « service public » ?

Une certaine forme de schizophrénie est palpable : les français sont attachés à leurs services publics mais ils sont toujours défiants à l’endroit de ceux qui les délivrent.

Aujourd’hui, les services publics sont notre bien commun, garants de l’intérêt général. Chaque citoyen doit se retrouver en eux et se sentir considéré. Soyons clairs : quand les services publics faiblissent, la France recule, la République perd du terrain. On le voit bien dans nos territoires, avec une montée du Front National qui joue sur cet abandon.

En quoi est-il urgent de préserver les services publics et comment les développer ?

Il y a une urgence démocratique, celle de reconnecter les citoyens avec la chose publique. Plutôt que de s’enfermer dans des discours techniciens, sur le volume de la dépense publique ou le statut des fonctionnaires, il serait préférable de créer un espace public où nous pourrions échanger, dialoguer sur l’action publique de demain, celle du 21e siècle, la bâtir avec les citoyens.

Les collaborations entre services publics et société civile se développent, il faut y être attentif. Sans pour autant que cela soit synonyme d’une diminution irréfléchie du rôle de l’Etat, comme cela a été le cas au Royaume-Uni avec le programme de Big society de David Cameron.

Il y a une culture nouvelle de l’interaction entre public et privé, de l’expérimentation, de l’évaluation et de l’innovation publique à construire. Se connecter davantage sur les initiatives de la société civile qui viennent compléter et améliorer les politiques publiques.

La préservation de nos services publics et leur amélioration, est un enjeu essentiel. Nous devons lutter contre cette « phobie d’Etat », pour reprendre les mots du philosophe Michel Foucault. L’étendue des possibles est vaste, propulsée par les potentialités numériques.

 

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L’économie à l’épreuve du pouvoir

Conférences_modifié-1Face à une économie mondialisée et intriquée, comment mettre en oeuvre une politique à l’échelle française, face aux contraintes européennes et internationales ? Et comment les idées économiques résistent-elles à l’usure du pouvoir, à ses choix et à ses renoncements ? La discussion est ouverte…
Il est question de la circulation de la parole des économistes dans l’espace public : au sein des universités et dans les médias… Une interrogation qui porte en elle un enjeu démocratique : celui du pluralisme de la pensée, de la possibilité de nourrir des controverses et d’envisager divers remèdes aux maux économiques de notre temps. Depuis le tournant libéral accompli, en France, par un gouvernement socialiste, les repères entre les différentes prises de positions politiques en matière économique se sont brouillés. De cela découle une question – qui est aussi une critique récurrente : pourquoi ne retrouve-t-on pas la diversité des programmes électoraux dans la réalité des politiques économiques ?

Invité par l’émission « Entendez-vous l’éco ? » sur France Culture, j’aborde la question des liaisons entre savoir et pouvoir. Pour (re)écouter l’intégralité des débats, cliquez sur le lien ci-après :

https://www.franceculture.fr/emissions/entendez-vous-leco/paroles-deconomistes-44-leconomie-a-lepreuve-du-pouvoir

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Faim d’Etat ? Dessiner le monde qui vient

Contributions_modifié-1Au XXIème siècle, un(e) adolescent(e) a, dans son téléphone, au creux de sa main, bien plus de connaissance, de perspective, de capacité, que Jules César ou Gengis Khan. Notre monde, en profonde mutation, fait face à une « rupture anthropologique », jamais connue dans l’histoire de nos civilisations. Nos sociétés sont transformées, nos structures organisationnelles, notamment l’Etat, fortement affectées. Face à l’accélération sociale et technique de nos modes d’existence, merveilleusement décrites par le philosophe et sociologue Hartmut Rosa, comment comprendre et anticiper? Déstabilisé face à un futur insaisissable, l’Etat, comme déconnecté de son histoire, ne parvient pas à écrire son nouveau roman. Il peine à questionner les défis qui lui sont posés et à déployer des actions publiques pour y répondre. Il demeure prisonnier des logiques court-termistes, de l’urgence, du prêt-à-penser, des recettes maintes fois répétées…

Cette question de l’Etat, de nos services publics, est pourtant essentielle car elle est au carrefour de la réflexion sur notre avenir commun. Elle conditionne ce que nous souhaitons pour le vivre-ensemble, le maillage de nos liens sociaux. On le perçoit déjà, dans cette période pré-électorale, le sujet est à l’agenda : ça sera moins ou plus (mieux) d’Etat. On reproche souvent à la chose publique, accusée d’être intrusive et bedonnante, son inefficience en stigmatisant des pouvoirs publics coûteux et obsolètes. « L’État ne peut plus tout faire » revient comme un leitmotiv schizophrénique. Une demande constante de modernisation, d’innovation est formulée. L’avènement du numérique nourrit un besoin accru de fluidité et de transparence, une nouvelle relation avec un usager-citoyen, de plus en plus exigeant, se profile. On parle d’« ubérisation de l’État » (même si cette novlangue revêt un caractère flou), d’« État plateforme », mais qu’en est-il vraiment ?

Face à ces changements, qui sont davantage subis qu’anticipés, il paraît nécessaire de faire un travail de prospective, d’imagination collective, pour dessiner des lignes de fuite, les conditions de fabrication de l’avenir des services publics, de la politique (au sens de la gestion commune des affaires de la cité chère aux philosophes grecs). Dans cette perspective, la littérature est un levier fécond ; la science-fiction, notamment, a toujours été foisonnante en la matière. L’œuvre de Jules Verne, on pense à son Paris au XXe siècle, l’acuité d’Eugène Zamiatine dans Nous autres, ou encore l’analyse de George Orwell dans 1984, nous ont permis d’accéder à de nouvelles vérités que nous n’aurions pas pu voir avant. Ils ont ouverts des espaces pour se mouvoir.

Avec 2056 : quel Etat ? Dix nouvelles pour imaginer le monde qui vient, nous avons essayé d’être des arpenteurs de l’avenir, des archéologues du futur, afin de montrer comment l’Etat pourrait évoluer. On y voit que la dégradation du climat, les dérèglements socio-économiques ont eu des conséquences extrêmes. Les économies libérales n’ont pas résisté à la pénurie ni à l’inefficacité politique qui en ont résultées. Les technologies sont omniprésentes et nous font rentrer dans le règne d’une domination technique.

Se dressent alors les formes d’un nouveau monde dans lequel le pouvoir est davantage diffus, connecté. Il n’est plus vraiment décelable en un lieu précis mais se définit au contraire par son ubiquité. Omnipotent pour certains, réduit à « peau de chagrin » pour d’autres, l’Etat est redéfini. Ses frontières sont brouillées, entre des citoyens qui prennent la main pour s’organiser seuls, sans structures, ni intermédiaires, et des services publics tentaculaires. L’étendue des possibles est vaste et permet de débrider l’imagination, de décaler le regard pour sortir du règne de l’instantanéité. Des utopies pour l’action publique, des horizons souhaitables et désirables, voilà un carburant politique.

Cette tribune est à retrouver dans l’Humanité du 2 janvier, avec une double page, des extraits du livre « 2056 : quel Etat ? » que j’ai dirigé aux Editions La Tengo. Des nouvelles d’anticipation et d’émancipation !

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Planifier l’avenir est encore possible : des utopies pour l’action publique

Contributions_modifié-1Nos existences sont prisonnières de la tyrannie du présent, nos vies commandées par le régime de l’instantanéité. Tout, tout de suite. La sempiternelle quête de rentabilité, de performance, le culte du chiffre, de plus en plus connecté à la machine, alimentent notre désir de vitesse. La prédominance de l’impulsion réduit nos horizons. A quel profit faut-il mettre notre temps ? Les statistiques nous gouvernent, les rapports d’expertise se multiplient. Nous mesurons. Nous diagnostiquons. Nous commentons. Mais nous laissons peu de place à l’imagination, à la fine analyse de la complexité humaine.
Partout, les logiques court-termistes, l’urgence supposée ou réelle, enferment notre perception des réalités. A la recherche de croyances perdues, nous confondons savoir et information. Notre volonté de dominer notre environnement, en bons « maîtres et possesseurs de la nature » (Descartes), fait du chiffre une preuve indiscutable, une connaissance « objective » qui rassure.
L’obsession quantophrénique – la mesure exacerbée de toutes les activités humaines – doit masquer les incertitudes du monde qui vient. Pourtant, nos procédés de rationalisation ne nous permettent plus de discipliner le futur, d’y asseoir nos convictions : nous sommes prisonniers, à l’extérieur de l’action publique.

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Construire l’action publique à partir de l’expertise profane.

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A l’occasion de la dernière UP conférence « Territoires, nous sommes innovation », j’ai parlé de la recomposition de l’action publique par le bas, de la nécessité de partir des expériences concrètes du terrain pour bâtir les politiques publiques.

 

Pour revoir la synthèse de mon intervention, cliquez sur l’image :

NicMaty

Pour lire l’article sur le site UP conférence, cliquez sur le texte :

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Rechercher les passions et renouer les fils d’un avenir commun

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Les événements du 13 novembre nous bouleversent et nous touchent dans notre chair. Ils sont cruels, barbares. Ils font résonner en nous la fragilité de la vie, la vulnérabilité de notre liberté, la déliquescence de la dignité humaine. Ils nous confrontent à notre propre mort. Nous faisons l’expérience de l’absurdité, du caractère déraisonnable de ce monde qui nous échappe, dérape inlassablement. Aucune prise ne semble possible ; le sentiment de mon impuissance me violente. Certains jours, comme ceux-là, je vomis mon existence.

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Quelques considérations sur le « bon gouvernement » du 21e siècle

Contributions_modifié-1Le professeur Pierre Rosanvallon s’est très récemment exprimé, dans la presse, sur son nouvel opus, le Bon gouvernement (Seuil, août 2015). Lors de cette entrevue, il a émis des constats et fait quelques propositions pour revitaliser la démocratie et je le cite : « pour sortir du cycle de la répétition et de la décomposition ». Tout cela est bienvenu et s’inscrit dans une position, trop souvent oubliée par les sciences sociales depuis les figures d’intellectuels engagés comme Albert Camus ou Michel Foucault, où le savant éclaire le politique.

A la lecture de cet échange, il semble intéressant de faire trois compléments que nous souhaitons inscrire dans une optique : davantage concilier théorie et pratique. Comme nous avons déjà pu l’écrire, il est important, pour agir dans un monde complexe et incertain, de le comprendre. Or cet effort est bien souvent écarté par les décideurs politiques et administratifs pris dans une dictature de l’urgence, incapables d’envisager le futur et de s’inscrire dans un temps long.

Trois remarques donc pour réintroduire des idées dans la fabrique de l’action publique :

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« Nous sommes un peuple » ? Chiche !

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«Je me révolte, donc nous sommes» d’Albert Camus résonnait il y a peu dans les rues. Esprit du 11 janvier es-tu là ? Les jours passent et plus rien. La ferveur citoyenne née en ce début d’année est retombée. Pire, les échéances électorales qui arrivent vont, très certainement, consacrer le repli sur soi, la tendance à l’individualisation de la société. Nous sommes responsables, collectivement.

Ne soyons pas faussement naïfs, la faute pèse, aussi et surtout, sur les épaules de l’action des pouvoirs publics. Jamais les individus n’ont eu autant envie de politique et notre pays regorge d’initiatives locales pour construire du commun. Pourtant, nous recyclons des recettes erronées et des dispositifs hors-sol, nous peinons à valoriser ce qui se fait concrètement sur les territoires et à développer des synergies; la démocratie participative doit trouver un nouveau souffle. La connexion doit être rétablie. Comment faire des citoyens des contributeurs actifs du bien commun ? De quelle manière reconstruire un récit positif, faire société ? De nouvelles formes de citoyenneté émergent, elles doivent être encouragées et stimulées.

INTELLIGENCE COLLECTIVE

L’action publique est au cœur de ce chantier. Le monde et la société changent. Le service public doit évoluer ; il se transforme déjà sous l’action de ses agents. Il doit prendre en compte de plus en plus la dimension citoyenne, retrouver le sens de l’action collective. Il s’agit aujourd’hui de passer de la simple analyse du besoin de l’usager à la co-construction de l’action publique avec le citoyen, du simple service offert à l’usager-consommateur à une action publique construite avec le citoyen-acteur. Cette intelligence collective constitue la meilleure garantie d’une action publique respectueuse des différences et soucieuse d’apporter à chacun un service de qualité sur son territoire.

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