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L’imposture néolibérale ou le New Public Management en marche

Vidéos_modifié-1Le gouvernement d’Edouard Philippe a présenté les grandes lignes de sa réforme de l’État. Que se cache-t-il derrière ce énième projet de transformation de l’Etat ? Faut-il craindre la disparition des services publics ?

J’étais l’invité de la Midinale, une émission de la revue Regards. Pour voir l’entretien :

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VERBATIM

Sur l’annonce de la réforme de la fonction publique
« Il y a beaucoup de marketing politique autour de la volonté de réforme et de modernisation impulsée par le gouvernement alors que le projet qui a été dévoilé s’inscrit dans la droite ligne néolibérale de privatisation de la fonction publique. »
« La communication se fait toujours autour du chiffre : on nous dit qu’il y a trop de fonctionnaires, qu’il faut absolument supprimer 50.000 postes avant même de se poser la question de ce que doit être l’État au 21ème siècle. »
« Il y a un culte du chiffre. »

Sur l’idéologie à l’œuvre derrière cette réforme
« Il y a un objectif : faire des économies avec un plan pointilliste de réforme de l’État… mais on n’a pas de structure idéologique, de paradigme, de vision sauf celle qui est ce qu’on appelle le New Public Management. »
« On importe le langage fonctionnel de l’entreprise en parlant de la rémunération au mérite, de la contractualisation, de la privatisation, etc… »
« Ce plan manque terriblement d’une colonne vertébrale idéologique. »

Sur la possibilité de réussite de ce New Public Management
« Cela ne fonctionne pas : on a des exemples à l’étranger qui montre au contraire qu’il a entrainé des aberrations et des catastrophes plutôt que des réussites. »
« Ce gouvernement est juste en train de redécouvrir ce qui a été fait dans les années 1990 et 2000 au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada et il le fait sans réflexion particulière sur ce qu’est l’État. »
« J’ai des doutes sur la capacité de réussite de cette réforme pour la bonne raison que cela fait 60 ans ou plus que ce sujet de la réforme de l’État est à l’agenda et qu’on propose toujours la même chose. »
« Le plan qui est annoncé ne déroge pas à la règle et s’inscrit dans la droite ligne de ce qui a été fait depuis Sarkozy avec la Révision Générale des Politiques Publiques. »
« C’est le mantra : il y a trop de fonctionnaires, il faut limiter la fonction publique. »

Sur le rapport des Français à leurs services publics
« Il y a une défiance d’une partie des Français à l’encontre des services publics mais je ne suis pas sûr que ce soit en réduisant le nombre de fonctionnaires qu’on améliorera le service public. »
« Aujourd’hui la vraie question, c’est comment on forme des agents publics ? »
« Le comité CAP22 aurait dû poser la question des enseignements à l’ENA ou dans les écoles de formations à la fonction publique. »
« Je remarque que ce comité CAP 22 ne touche pas du tout à l’ENA et pour cause : il est composé de moitié de hauts fonctionnaires et d’énarques. »
« On peut aussi mettre en question le fait que comité était présidé par des gens venant de puissances financières et économiques : Safran, NextCity immobilier, la banque Rothschild, le fond de gestion d’actifs BlackRock… Des gens qui fondamentalement ne connaissent pas la fonction publique et qui sont censés plancher sur la fonction publique. »
« Les syndicats étaient très peu représentés ; il y avait deux-trois experts internationaux pour faire sympathique et intelligent. »
« Les Français voient bien que les services publics sont des amortisseurs en temps de crise : c’est le patrimoine de ceux qui n’ont pas de patrimoine. »

Sur la réponse à gauche
« Il y a une réelle nécessité de travailler et d’avoir un vrai discours de gauche sur ce sujet car aujourd’hui les partis politiques ne sont pas au travail sur cette question qui est généralement laissée aux syndicats. »
« Les néolibéraux ont leur projet : c’est un démantèlement de l’État et une captation des ressources publiques pour des intérêts privés. »

 

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Macron, Benalla et les fonctionnaires

Contributions_modifié-1Les représentants des syndicats de la police nationale n’ont pas compris : comment le Président de la République, chef des armées, garant des institutions et du respect de la constitution, a-t-il pu préférer un conseiller en sécurité aussi peu expérimenté qu’Alexandre Benalla en lieu et place des agents officiels du GSPR (le Groupe de sécurité de la présidence de la République) ? Pourquoi celui qui «n’était diplômé en rien», «avait accès à tout» pour reprendre les mots de David Le Bars, du syndicat des commissaires de la police nationale ?

Ce choix a été vécu comme une gifle. Une humiliation pour tous ceux et toutes celles qui ont donné ou risqué leur vie pour protéger notre pays depuis des mois, pour ces policiers et ces gendarmes qui tentent de remplir au mieux leur mission dans un contexte tendu, celui de la menace terroriste, malgré la vétusté de leurs équipements et la souffrance psychologique qui s’accumule.

Aujourd’hui, ces mêmes fonctionnaires sont la cible du plan de communication de la République en marche (LREM) : l’affaire serait politico-policière. Une vengeance motivée par la jalousie. Indécent en cette semaine où nous découvrions les détails du comportement héroïque du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame.

Le policier est un fonctionnaire maltraité comme un autre

L’affaire Benalla traduit en fait la vision profonde qu’Emmanuel Macron entretient de l’Etat et de ses serviteurs, les fonctionnaires. Trop chers, inefficaces et inopérants, de l’ancien monde en somme. Une idéologie qui l’aveugle au point de préférer son clan, au dévouement, à la qualification et à l’expérience. En cela les policiers sont des fonctionnaires comme les autres : méprisés par un pouvoir arrogant, disqualifiés car émanant de l’administration.

Stigmatiser les fonctionnaires de la sorte revient pourtant à éluder la question centrale : quels sont les services de l’Etat qui transférés au privé coûteraient moins chers et seraient plus efficaces pour les citoyens-usagers? En l’espèce, l’affaire Benalla nous donne un premier élément de réponse : le privé a coûté un «pognon de dingue». Et il a dérapé au point de mettre en danger la démocratie.

Il est des domaines dans lesquels l’efficacité du service public prime sur celle du privé. La sécurité de la présidence de la république en fait notamment partie. C’est pourquoi, il revient aux fonctionnaires de police ou à des personnels de gendarmerie d’exercer la mission régalienne qui consiste à protéger les chefs d’Etat.

Moralisation de l’exécutif

Mais plus inquiétant encore, à travers cette affaire, nous découvrons que l’Etat semble aujourd’hui dirigé par un clan. Un clan qui nie les corps intermédiaires et les contre-pouvoirs, quand il ne les violente pas. Un clan qui accuse les parlementaires, la presse, les syndicats, de «ralentir» l’efficacité du travail gouvernemental. Le refus de dialoguer avec ces corps intermédiaires illustre en fait le grand amateurisme et la fragilité d’un pouvoir qui craint d’échanger avec des organisations compétentes.

Ce scandale d’Etat souligne également la nécessité de renforcer le contrôle et la transparence de l’exécutif. Car ce qui est en jeu ici, c’est aussi l’affaire des chargés de mission à l’Elysée. Et ceci n’est pas anodin. Tout d’un coup, nous nous rendons compte qu’Emmanuel Macron dirige la France de manière assez opaque. On ne connaît pas exactement ses collaborateurs (qui sont-ils ? quels sont leurs fonctions, leurs rémunérations et privilèges ?). Pourtant, ils s’occupent de sujets aussi importants que la sécurité ou le terrorisme.

Dans un contexte où la défiance des citoyens est grande à l’endroit de la chose publique, il est plus que nécessaire de rénover et de moraliser la vie politique. Des avancées ont été faites en la matière, notamment pour les parlementaires, mais elles sont peu concernées l’exécutif. C’est à ce niveau qu’il faut maintenant être exemplaire.

Ce ne sont pas des ajustements mais des questions d’ordre constitutionnel que pose la présidence de la République en termes de transparence, de prévention des conflits d’intérêts et de séparation des pouvoirs avec le judiciaire.

La liste des sujets à mettre sur la table est longue : régulation du nombre des collaborateurs du président de la République, pouvoir de nomination du président de la République dans les emplois à la discrétion du gouvernement, immunité du président de la République pour les actes se rapportant à sa fonction et inviolabilité pendant le temps de son mandat pour les actes de sa vie civile, compatibilité du droit de grâce du président de la République avec la séparation des pouvoirs, etc. Un chantier colossal pour un nouveau monde démocratique.

Cette tribune co-écrite avec Aurore Lalucq, économiste et porte-parole de Génération.s est à retrouver dans le journal Libération :

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