Archives de Tag: Politique

En finir avec le New Public Management (The war is over, the victors have lost)

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Dans cet ouvrage co-dirigé avec Marcel Guenoun, nous détricotons les thèses du New Public Management, cet art néolibéral de gouverner. Avant-goût :

Si « l’État est indissociablement une solution et un problème », alors il était prévisible que le New Public Management(NPM), qui se posait en solution au problème de l’État, par sa banalisation voire sa dilution, se mut progressivement en problème.

 

Le titre de cet ouvrage En finir avec le New Public Management mêle à la fois un constat et une espérance. Il constate que le NPM est en passe de ne plus être revendiqué comme étendard des réformes administratives mais il porte également l’espérance (ou l’impératif) que vienne la fin du NPM au profit d’autres modèles d’inspiration de l’action publique.

Cet ouvrage est justement tout entier consacré au(x) problème(s) que pose le NPM. Les contributions qu’il contient se répartissent en trois catégories : tout d’abord, des recherches qui circonscrivent le NPM en analysant son origine, son contenu et sa portée sur les administrations, en France, en Europe et dans le monde ; ensuite des recherches qui dénoncent les vices dissimulés et les effets imprévus du NPM et, enfin, des travaux qui explorent les formes que prennent ou pourraient prendre l’action publique après le NPM.

Mais qu’est-ce que ce NPM avec lequel on devrait en finir ? Immédiatement les difficultés commencent car le NPM est un étrange puzzle doctrinal doté d’une variété de fondements conceptuels (notamment les principes de l’organisation scientifique du travail et les postulats de l’école des choix publics et de la nouvelle économie institutionnelle), qui au fur et à mesure de leur mise en œuvre ont abouti à une multiplicité de configurations d’application et à une variété encore plus grande de pratiques effectives.

Pour aller plus loin :

La fin de l’histoire du NPM ?

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Service public : le prix de l’efficacité

Conférences_modifié-1Les services publics doivent-ils être gérés sur le modèle du privé ? L’introduction du Nouveau Management Public, dans les années 2000, a déjà amené nombre de politiques gestionnaires du privé dans le public, quels en sont les impacts ? Question que nous posons dans le cadre du Grand débat national.

France Culture m’a invité à une journée spéciale  pour questionner la Lettre envoyée aux Français par le Président de la République, dessinant les contours du grand débat national censé répondre à la crise des gilets jaunes.

Des discussions dans lesquelles les questions économiques et sociales, ferments de la contestation, devraient figurer en bonne place. Parmi les quatre thématiques choisies par Emmanuel Macron, c’est celle des services publics, de leur rôle et de leur coût, qui a retenu notre attention… comment garantir l’efficacité des services de l’Etat ? Voilà un épineux problème que le nouveau management public cherche à résoudre depuis la fin des années 70. La solution se cacherait-elle du côté des méthodes du privé ? La réponse est plutôt NON. Une heure pour vous forger un avis :

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L’imposture néolibérale ou le New Public Management en marche

Vidéos_modifié-1Le gouvernement d’Edouard Philippe a présenté les grandes lignes de sa réforme de l’État. Que se cache-t-il derrière ce énième projet de transformation de l’Etat ? Faut-il craindre la disparition des services publics ?

J’étais l’invité de la Midinale, une émission de la revue Regards. Pour voir l’entretien :

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VERBATIM

Sur l’annonce de la réforme de la fonction publique
« Il y a beaucoup de marketing politique autour de la volonté de réforme et de modernisation impulsée par le gouvernement alors que le projet qui a été dévoilé s’inscrit dans la droite ligne néolibérale de privatisation de la fonction publique. »
« La communication se fait toujours autour du chiffre : on nous dit qu’il y a trop de fonctionnaires, qu’il faut absolument supprimer 50.000 postes avant même de se poser la question de ce que doit être l’État au 21ème siècle. »
« Il y a un culte du chiffre. »

Sur l’idéologie à l’œuvre derrière cette réforme
« Il y a un objectif : faire des économies avec un plan pointilliste de réforme de l’État… mais on n’a pas de structure idéologique, de paradigme, de vision sauf celle qui est ce qu’on appelle le New Public Management. »
« On importe le langage fonctionnel de l’entreprise en parlant de la rémunération au mérite, de la contractualisation, de la privatisation, etc… »
« Ce plan manque terriblement d’une colonne vertébrale idéologique. »

Sur la possibilité de réussite de ce New Public Management
« Cela ne fonctionne pas : on a des exemples à l’étranger qui montre au contraire qu’il a entrainé des aberrations et des catastrophes plutôt que des réussites. »
« Ce gouvernement est juste en train de redécouvrir ce qui a été fait dans les années 1990 et 2000 au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Canada et il le fait sans réflexion particulière sur ce qu’est l’État. »
« J’ai des doutes sur la capacité de réussite de cette réforme pour la bonne raison que cela fait 60 ans ou plus que ce sujet de la réforme de l’État est à l’agenda et qu’on propose toujours la même chose. »
« Le plan qui est annoncé ne déroge pas à la règle et s’inscrit dans la droite ligne de ce qui a été fait depuis Sarkozy avec la Révision Générale des Politiques Publiques. »
« C’est le mantra : il y a trop de fonctionnaires, il faut limiter la fonction publique. »

Sur le rapport des Français à leurs services publics
« Il y a une défiance d’une partie des Français à l’encontre des services publics mais je ne suis pas sûr que ce soit en réduisant le nombre de fonctionnaires qu’on améliorera le service public. »
« Aujourd’hui la vraie question, c’est comment on forme des agents publics ? »
« Le comité CAP22 aurait dû poser la question des enseignements à l’ENA ou dans les écoles de formations à la fonction publique. »
« Je remarque que ce comité CAP 22 ne touche pas du tout à l’ENA et pour cause : il est composé de moitié de hauts fonctionnaires et d’énarques. »
« On peut aussi mettre en question le fait que comité était présidé par des gens venant de puissances financières et économiques : Safran, NextCity immobilier, la banque Rothschild, le fond de gestion d’actifs BlackRock… Des gens qui fondamentalement ne connaissent pas la fonction publique et qui sont censés plancher sur la fonction publique. »
« Les syndicats étaient très peu représentés ; il y avait deux-trois experts internationaux pour faire sympathique et intelligent. »
« Les Français voient bien que les services publics sont des amortisseurs en temps de crise : c’est le patrimoine de ceux qui n’ont pas de patrimoine. »

Sur la réponse à gauche
« Il y a une réelle nécessité de travailler et d’avoir un vrai discours de gauche sur ce sujet car aujourd’hui les partis politiques ne sont pas au travail sur cette question qui est généralement laissée aux syndicats. »
« Les néolibéraux ont leur projet : c’est un démantèlement de l’État et une captation des ressources publiques pour des intérêts privés. »

 

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Macron, Benalla et les fonctionnaires

Contributions_modifié-1Les représentants des syndicats de la police nationale n’ont pas compris : comment le Président de la République, chef des armées, garant des institutions et du respect de la constitution, a-t-il pu préférer un conseiller en sécurité aussi peu expérimenté qu’Alexandre Benalla en lieu et place des agents officiels du GSPR (le Groupe de sécurité de la présidence de la République) ? Pourquoi celui qui «n’était diplômé en rien», «avait accès à tout» pour reprendre les mots de David Le Bars, du syndicat des commissaires de la police nationale ?

Ce choix a été vécu comme une gifle. Une humiliation pour tous ceux et toutes celles qui ont donné ou risqué leur vie pour protéger notre pays depuis des mois, pour ces policiers et ces gendarmes qui tentent de remplir au mieux leur mission dans un contexte tendu, celui de la menace terroriste, malgré la vétusté de leurs équipements et la souffrance psychologique qui s’accumule.

Aujourd’hui, ces mêmes fonctionnaires sont la cible du plan de communication de la République en marche (LREM) : l’affaire serait politico-policière. Une vengeance motivée par la jalousie. Indécent en cette semaine où nous découvrions les détails du comportement héroïque du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame.

Le policier est un fonctionnaire maltraité comme un autre

L’affaire Benalla traduit en fait la vision profonde qu’Emmanuel Macron entretient de l’Etat et de ses serviteurs, les fonctionnaires. Trop chers, inefficaces et inopérants, de l’ancien monde en somme. Une idéologie qui l’aveugle au point de préférer son clan, au dévouement, à la qualification et à l’expérience. En cela les policiers sont des fonctionnaires comme les autres : méprisés par un pouvoir arrogant, disqualifiés car émanant de l’administration.

Stigmatiser les fonctionnaires de la sorte revient pourtant à éluder la question centrale : quels sont les services de l’Etat qui transférés au privé coûteraient moins chers et seraient plus efficaces pour les citoyens-usagers? En l’espèce, l’affaire Benalla nous donne un premier élément de réponse : le privé a coûté un «pognon de dingue». Et il a dérapé au point de mettre en danger la démocratie.

Il est des domaines dans lesquels l’efficacité du service public prime sur celle du privé. La sécurité de la présidence de la république en fait notamment partie. C’est pourquoi, il revient aux fonctionnaires de police ou à des personnels de gendarmerie d’exercer la mission régalienne qui consiste à protéger les chefs d’Etat.

Moralisation de l’exécutif

Mais plus inquiétant encore, à travers cette affaire, nous découvrons que l’Etat semble aujourd’hui dirigé par un clan. Un clan qui nie les corps intermédiaires et les contre-pouvoirs, quand il ne les violente pas. Un clan qui accuse les parlementaires, la presse, les syndicats, de «ralentir» l’efficacité du travail gouvernemental. Le refus de dialoguer avec ces corps intermédiaires illustre en fait le grand amateurisme et la fragilité d’un pouvoir qui craint d’échanger avec des organisations compétentes.

Ce scandale d’Etat souligne également la nécessité de renforcer le contrôle et la transparence de l’exécutif. Car ce qui est en jeu ici, c’est aussi l’affaire des chargés de mission à l’Elysée. Et ceci n’est pas anodin. Tout d’un coup, nous nous rendons compte qu’Emmanuel Macron dirige la France de manière assez opaque. On ne connaît pas exactement ses collaborateurs (qui sont-ils ? quels sont leurs fonctions, leurs rémunérations et privilèges ?). Pourtant, ils s’occupent de sujets aussi importants que la sécurité ou le terrorisme.

Dans un contexte où la défiance des citoyens est grande à l’endroit de la chose publique, il est plus que nécessaire de rénover et de moraliser la vie politique. Des avancées ont été faites en la matière, notamment pour les parlementaires, mais elles sont peu concernées l’exécutif. C’est à ce niveau qu’il faut maintenant être exemplaire.

Ce ne sont pas des ajustements mais des questions d’ordre constitutionnel que pose la présidence de la République en termes de transparence, de prévention des conflits d’intérêts et de séparation des pouvoirs avec le judiciaire.

La liste des sujets à mettre sur la table est longue : régulation du nombre des collaborateurs du président de la République, pouvoir de nomination du président de la République dans les emplois à la discrétion du gouvernement, immunité du président de la République pour les actes se rapportant à sa fonction et inviolabilité pendant le temps de son mandat pour les actes de sa vie civile, compatibilité du droit de grâce du président de la République avec la séparation des pouvoirs, etc. Un chantier colossal pour un nouveau monde démocratique.

Cette tribune co-écrite avec Aurore Lalucq, économiste et porte-parole de Génération.s est à retrouver dans le journal Libération :

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L’imagination peut prendre le pouvoir

Contributions_modifié-1Au début des années 2000, il était déjà question des « intellos précaires » dans un livre éponyme. Le concept est flou, loin d’une pureté sociologique parfaite (statuts différents, métiers dispersés, etc.), mais d’un point de vue politique, cette notion raconte une réalité et nous dit des choses sur l’état de notre société et son rapport à la création et aux savoirs. Parce qu’il y a une prolétarisation des métiers qui produisent de la connaissance.

Une même logique destructrice s’applique, au sein de l’hôpital, de l’université, de l’école, du monde de la culture. Avec l’appel des appels, collectif national pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social, nous le soulignons depuis 2009, et l’avènement de la présidence Sarkozy. Les logiques néolibérales s’accentuent, imposent la performance totale et éliminent tout acte de résistance. Il existe une volonté objective du capitalisme et de la société bourgeoise d’enrégimenter, de dominer, de soumettre les hommes à un travail prescrit, dans le but du profit mais en invoquant hypocritement la morale.

Maintenir les producteurs de fiction, d’idées, de savoir dans la précarité, c’est s’assurer aussi de leur docilité. C’est dominer, c’est exercer une contrainte sur leurs ressources et leurs corps. Reviennent aujourd’hui les mêmes recettes d’affaiblissement.

De quoi #payetonauteur ou #auteurencolère est-il le nom ? Le message est clair, pas de périphrase ou de mise en récit pour des acteurs dont les mots sont la profession. Des mots crus pour raconter une réalité, celle d’un mépris social. Le silence du pouvoir. Au même titre que ceux qui soignent, que ceux qui enseignent, que ceux qui nourrissent, les auteurs basculent dans une nouvelle forme de prolétariat.

Droits d’auteur, concurrence à la hausse, etc. les conditions de vie se détériorent de jours en jours. Certes, il y a « quelques premiers de cordées » (sic) qui vivent bien de leur travail d’écriture, mais au-delà, la situation est dure. Les réformes sociales et fiscales qui s’annoncent vont lourdement peser sur des milliers d’auteurs dont la plupart vivent, chaque mois, sous la barre du SMIC. Etre auteur est un symbole, mais sans vrai statut social. Il faut garantir un statut à ceux qui créent. La création artistique doit être envisagée comme un travail et protégée comme telle. Les travaux du sociologue Pierre-Michel Menger le martèlent et le montrent depuis quelques temps déjà.

Dans cette période de perte de repère, d’aucun dirait de transition, nous avons besoin des auteurs, de leur rêve, de leur façon de décrire le monde, de leur capacité à nous projeter dans un ailleurs. Mais le néolibéralisme laisse peu de place à l’imagination, à la fine analyse de la complexité humaine. Partout, les logiques court-termistes, l’urgence supposée ou réelle, enferment notre perception des réalités. A la recherche de croyances perdues, nous confondons savoir et information. Le culte du chiffre l’emporte. La pensée simplificatrice s’installe, elle n’a pas besoin de ceux qui contestent, de ceux qui créent des alternatives, des utopies. Elle ne s’accommode pas de ceux qui permettent aux autres de s’évader, le capitalisme a besoin de capter l’attention des individus pour consommer.

L’histoire des lettres est aussi celle des moyens de subsistance de ceux qui écrivent, nous disait déjà Paul Valéry. Et c’est ce combat qu’il faut engager. Avec ceux qui cherchent, créent, produisent, enseignent. L’imagination peut prendre le pouvoir. Il est plus que nécessaire de remettre les femmes et les hommes au centre des activités de production et création, pour lutter contre la normalisation technocratique et financière. Reprendre en main ces activités, et élaborer les conditions de leur épanouissement. C’est la tâche qui nous attend, comme le souligne le philosophe John Dewey en appelant à la « démocratie créatrice ». Un combat intellectuel et pratique.

Pour retrouver cet article dans le journal l’Humanité, le dossier « Quelles réformes juste pour les auteurs ? » :

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Une politique sans valeurs ?

Contributions_modifié-1Un an et c’est déjà l’overdose du bilan. A longueur d’analyses, tout y passe : les aptitudes physiques du «chef» (le nouvel homme augmenté ?), les métaphores royales, voire impériales, le positionnement transcendant sur l’échiquier politique, le nombre «colossal» de déplacements internationaux, la prétendue frénésie des réformes, etc. Mais quelle idéologie peut-on déceler, en filigrane, derrière la pratique du pouvoir ?

Depuis le début du quinquennat, chaque action de l’exécutif est soutenue par une monstration de la modernité, évoquée de manière quasi religieuse : «Un devoir d’efficacité», «un langage de vérité». La rhétorique du management privé, les anglicismes modernisateurs sont convoqués par le «nouveau monde» politique. Les réformes ont à peine le temps d’être mises en œuvre qu’elles sont déjà dépassées par la réforme suivante, à coup de «bottom-up», «impact», «innovation», «benchmarking» ou autre «évaluation».

Cette invasion des normes, des outils, des standards de gestion, cette emprise grandissante des notations n’est pas nouvelle. Des sociologues (Alain Desrosières, Eve Chiapello ou encore Albert Ogien) ont en effet montré les processus historiques et sociaux de construction de ce «gouvernement par les nombres». Précisément, on a ainsi pu souligner que la prolifération des dispositifs de quantification et d’évaluation a permis la colonisation des services publics par la langue fonctionnelle de l’entreprise, ce que l’on nomme le New Public Management, art néolibéral de démantèlement de l’Etat.

Cette mise en mathématique du monde social fait aujourd’hui office de politique. Sous couvert d’apolitisme, de pragmatisme et de rationalisation, une idéologie gouverne les multiples réformes mises en œuvre par le pouvoir exécutif : on fait se substituer aux discours axés sur les valeurs, des discours privilégiant les techniques. Les instruments régulent, fragmentent, contrôlent et rendent conforme l’ensemble des pratiques sociales.

Cette politique néolibérale se pare du masque de l’objectivité technique et de la neutralité ; elle ne laisse aucune place au commun, elle ne laisse aucune place à la contestation. Il faut être efficace et performant. A l’hôpital, au sein de l’université, des Ehpad, dans les activités sociales et culturelles. Aucun pan de l’action publique ne doit y échapper. Mais, on ne pose jamais la question du sens, de ce que doit être l’Etat, la puissance publique, dans une société sous tension, ce que les usagers, les citoyens veulent comme services publics au XXIe siècle.

Au-delà du culte du chiffre, réduction des déficits publics, course pour un point de croissance ou baisse drastique du nombre de fonctionnaires, il convient aussi de réfléchir sur les mots que nous employons pour dire le monde. Nous ne les utilisons pas impunément. Par exemple, il faudrait se rappeler que disruption, mot qui obsède tant le nouveau champ politique, dérive, dixit le dictionnaire de l’Académie française, du latin disrumpere, «briser en morceaux, faire éclater». Que certains philosophes, comme Bernard Stiegler, y voit aussi le slogan d’une nouvelle forme de barbarie. On pourrait également faire l’analyse du terme «performance» qui provient d’un vocabulaire de «turfiste». C’est la manière dont court un cheval qui progressivement va prendre le sens de score et drainer avec elle, la compétition, la rivalité, qui fait de l’autre un adversaire.

Toutes ces formes actuelles de mesure, d’évaluation, de gouvernementalité participent à un mouvement d’expropriation de la pensée, une confiscation de la décision des citoyens. Le politique se met en capacité de créer un espace qu’il domine et mesure, via des indicateurs. Pas de place pour le débat, la contradiction, la production d’un sens et d’une finalité. On exécute un acte par soumission à l’automatisme des procédures, il n’y a pas de pire menace pour une démocratie.

Faute de prendre du temps pour mettre en débat les chiffres, les valeurs, c’est un mode d’emploi simplifié qui est choisi, plutôt que la pensée complexe, ouverte à l’inconnu. Comme le disait le philosophe Jean-François Lyotard: «Dans un univers où le succès est de gagner du temps, penser n’a qu’un défaut, mais incorrigible : d’en faire perdre».

Pour retrouver cette tribune sur le site du journal Libération, c’est par ici :

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Des chiffres et des lettres : réformes actuelles et maux du New Public Management

Contributions_modifié-1Sous couvert de pragmatisme et de rationalisation, c’est bien une idéologie qui gouverne les multiples réformes mises en œuvre par le pouvoir exécutif. Une idéologie, déjà ancienne, qui tient dans les trois lettres de l’acronyme NPM, pour New Public Management. Ou comment « réformer l’Etat » en le faisant définitivement basculer dans l’univers des chiffres et des lettres du secteur privé…

Tout ceci est a-politique nous répète-t-on alors que c’est une vision du monde qui est en fait proposée. Comme ont pu le souligner les travaux du philosophe Wittgenstein, les limites de mon langage signifient (aussi) les limites de mon propre monde. En l’espèce, nous sommes en train de découvrir que le langage des entreprises de (soi-disant) modernisation qui ont cours aujourd’hui donne à voir un monde étatique de plus en plus affaibli, au profit d’un secteur privé qui doit prendre la main.

Et c’est la main droite de l’Etat qui est saisie, pour imposer des intérêts privés. Déjà, Pierre Bourdieu, en décembre 1995, dans l’enceinte de la gare de Lyon, devant les cheminots grévistes, nous disait : « cette noblesse d’Etat, qui prêche le dépérissement de l’Etat et le règne sans partage du marché et du consommateur, substitut commercial du citoyen, a fait main basse sur l’Etat ; elle a fait du bien public un bien privé, de la chose publique, de la République, sa chose ».

Un travail de dévoilement est nécessaire, car les promoteurs des réformes actuelles sont en train de soustraire aux débats une question essentielle : que doit être l’État, la puissance publique du XXIe siècle? Que voulons-nous pour nos services publics dans une société sous tension et au bord de la crise démocratique ? Car c’est bien de la remise en cause de l’Etat providence dont il s’agit. Car c’est bien de la confiscation de l’Etat par une élite dont il est question.

Pour lire l’intégralité de la tribune dans AOC, un quotidien d’idées, pour prendre de la hauteur, écrit par des chercheurs, des écrivains, des artistes et des journalistes, vous pouvez cliquer ci-dessous ↘️

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