Archives de Tag: Réforme de l’Etat

Des chiffres et des lettres : réformes actuelles et maux du New Public Management

Contributions_modifié-1Sous couvert de pragmatisme et de rationalisation, c’est bien une idéologie qui gouverne les multiples réformes mises en œuvre par le pouvoir exécutif. Une idéologie, déjà ancienne, qui tient dans les trois lettres de l’acronyme NPM, pour New Public Management. Ou comment « réformer l’Etat » en le faisant définitivement basculer dans l’univers des chiffres et des lettres du secteur privé…

Tout ceci est a-politique nous répète-t-on alors que c’est une vision du monde qui est en fait proposée. Comme ont pu le souligner les travaux du philosophe Wittgenstein, les limites de mon langage signifient (aussi) les limites de mon propre monde. En l’espèce, nous sommes en train de découvrir que le langage des entreprises de (soi-disant) modernisation qui ont cours aujourd’hui donne à voir un monde étatique de plus en plus affaibli, au profit d’un secteur privé qui doit prendre la main.

Et c’est la main droite de l’Etat qui est saisie, pour imposer des intérêts privés. Déjà, Pierre Bourdieu, en décembre 1995, dans l’enceinte de la gare de Lyon, devant les cheminots grévistes, nous disait : « cette noblesse d’Etat, qui prêche le dépérissement de l’Etat et le règne sans partage du marché et du consommateur, substitut commercial du citoyen, a fait main basse sur l’Etat ; elle a fait du bien public un bien privé, de la chose publique, de la République, sa chose ».

Un travail de dévoilement est nécessaire, car les promoteurs des réformes actuelles sont en train de soustraire aux débats une question essentielle : que doit être l’État, la puissance publique du XXIe siècle? Que voulons-nous pour nos services publics dans une société sous tension et au bord de la crise démocratique ? Car c’est bien de la remise en cause de l’Etat providence dont il s’agit. Car c’est bien de la confiscation de l’Etat par une élite dont il est question.

Pour lire l’intégralité de la tribune dans AOC, un quotidien d’idées, pour prendre de la hauteur, écrit par des chercheurs, des écrivains, des artistes et des journalistes, vous pouvez cliquer ci-dessous ↘️

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Le service public, une exigence démocratique ?

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Extraits de l’entretien que j’ai réalisé avec Anna Musso et paru dans le journal l’Humanité le 9 mars 2018 :

Réforme hospitalière, réforme du baccalauréat,  ordonnances SNCF… comment analysez vous la politique du gouvernement en matière de service public ?

On remarque une certaine urgence à agir, il faut être dans la démonstration de la modernité. Aller vite, utiliser un champ lexical qui induit la rationalisation, la transformation, allumer différents feux pour être en mouvement et insaisissable pour ses adversaires.

Un engrenage de réformes, pointillistes et peu coordonnées, qui manque d’une vision globale sur ce que doivent être les services publics au 21e siècle. Cette question de l’Etat, de nos services publics, est pourtant essentielle car elle est au carrefour de la réflexion sur notre avenir commun. Elle conditionne ce que nous souhaitons pour le vivre-ensemble, le maillage de nos liens sociaux et de nos territoires.

Depuis une soixantaine d’années, les gouvernements successifs se sont empressés de vouloir moderniser l’Etat, ce que montre très bien les travaux du politiste Philippe Bezes (Réinventer l’Etat. Les réformes de l’administration française), sans penser ce que devait être l’Etat. Avec en toile de fond, depuis les années 1980, cette fameuse saillie de Reagan : « L’Etat est plus le problème que la solution ». Il faut donc réduire les périmètres d’intervention, libéraliser. C’est l’ère des méthodes privées appliquées aveuglément à la sphère publique, le New Public Management.

Les fonctionnaires sont trop souvent et depuis bien longtemps des boucs-émissaires, ils sont des chiffres qu’on l’on pourrait baisser à l’infini. Ce culte du chiffre est absurde, il faut le désacraliser.

Les fonctionnaires, ce sont des femmes et des hommes engagés, ce sont des visages, ce sont les artisans de la République du quotidien. Car ce sont des métiers et des vocations, qui s’ils étaient supprimés, réduits ou transférés au privé, rendraient notre vie plus coûteuse, plus angoissante. Imaginez si nous devions payer directement, par nous même, pour notre santé, notre sécurité, l’éducation de nos enfants, ou le régime de retraite de nos parents.

Justement, face à sa disparition dans les territoires, que reste-t-il de l’esprit « service public » ?

Une certaine forme de schizophrénie est palpable : les français sont attachés à leurs services publics mais ils sont toujours défiants à l’endroit de ceux qui les délivrent.

Aujourd’hui, les services publics sont notre bien commun, garants de l’intérêt général. Chaque citoyen doit se retrouver en eux et se sentir considéré. Soyons clairs : quand les services publics faiblissent, la France recule, la République perd du terrain. On le voit bien dans nos territoires, avec une montée du Front National qui joue sur cet abandon.

En quoi est-il urgent de préserver les services publics et comment les développer ?

Il y a une urgence démocratique, celle de reconnecter les citoyens avec la chose publique. Plutôt que de s’enfermer dans des discours techniciens, sur le volume de la dépense publique ou le statut des fonctionnaires, il serait préférable de créer un espace public où nous pourrions échanger, dialoguer sur l’action publique de demain, celle du 21e siècle, la bâtir avec les citoyens.

Les collaborations entre services publics et société civile se développent, il faut y être attentif. Sans pour autant que cela soit synonyme d’une diminution irréfléchie du rôle de l’Etat, comme cela a été le cas au Royaume-Uni avec le programme de Big society de David Cameron.

Il y a une culture nouvelle de l’interaction entre public et privé, de l’expérimentation, de l’évaluation et de l’innovation publique à construire. Se connecter davantage sur les initiatives de la société civile qui viennent compléter et améliorer les politiques publiques.

La préservation de nos services publics et leur amélioration, est un enjeu essentiel. Nous devons lutter contre cette « phobie d’Etat », pour reprendre les mots du philosophe Michel Foucault. L’étendue des possibles est vaste, propulsée par les potentialités numériques.

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Construire l’action publique à partir de l’expertise profane.

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A l’occasion de la dernière UP conférence « Territoires, nous sommes innovation », j’ai parlé de la recomposition de l’action publique par le bas, de la nécessité de partir des expériences concrètes du terrain pour bâtir les politiques publiques.

 

Pour revoir la synthèse de mon intervention, cliquez sur l’image :

NicMaty

Pour lire l’article sur le site UP conférence, cliquez sur le texte :

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« Gouverner, c’est réformer »… et construire l’État de demain

Contributions_modifié-1Lors de la déclaration de politique générale, au détour d’une anaphore, le Premier ministre Manuel Valls a affirmé que « gouverner, c’est réformer ». Cette affirmation, cette mise en exergue de la nécessité de réformer, notamment l’État, est une constante depuis plus d’un demi-siècle comme le montrent les travaux du politiste Philippe Bezes.

La méthode est aujourd’hui posée : il s’agit de « faire le tri dans les missions de l’État », explique Thierry Mandon, secrétaire d’État à la réforme de l’État et à la simplification auprès du Premier ministre, qui prépare un plan d’action.

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« Les sciences sociales permettent d’éclairer le décideur politique »

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Mon opinion sur la réforme de l’Etat. Entretien réalisé par Hugo Soutra pour la Gazette des Communes.

Maintes fois annoncée et souvent repoussée, la réforme de l’Etat fait figure de vieux serpent de mer. Quelles questions devrait se poser Thierry Mandon s’il souhaite obtenir plus de succès que ses prédécesseurs ?

Les chantiers ne manquent pas : la question du périmètre d’intervention de l’Etat au 21ème siècle, donc de ses compétences et de ses frontières, est inévitable mais ce n’est pas la seule !
Il serait dommage qu’un secrétaire d’Etat en charge de la Réforme de l’Etat s’épargne une réflexion sur le besoin de transparence exprimé par les citoyens, la nécessité de démontrer l’efficacité des politiques publiques ou encore la prise en compte par les administrations de la révolution numérique.

Reste que, s’il souhaite optimiser ses chances de réussite, Thierry Mandon devra coûte que coûte s’attaquer au management de la haute fonction publique, ou plutôt à son imperméabilité…
Accentuer la diversité des profils dans le recrutement de l’ENA ou de l’INET – avec des personnes issues de la recherche scientifique mais aussi du secteur privé – serait pertinent et donnerait un signe clair d’ouverture.

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Réformer l’Etat ?

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La réforme de l’Etat prend un nouveau tournant. La nomination en juin d’un secrétaire d’Etat, sur cette thématique, placé sous l’autorité du Premier ministre, laisse en tout cas le supposer.

Techniquement et politiquement, c’est un exercice délicat que celui de vouloir «réformer l’Etat». Cela revient de manière sempiternelle depuis plus de 50 ans et chaque gouvernement souhaite s’y attaquer, sans grand succès. On parle alors d’«Etat facilitateur», d’«Etat stratège». Ce sera le «renouveau du service public» ou la «révision générale des politiques publiques» et maintenant la «modernisation de l’action publique».

Dans une période où les tensions sont exacerbées à l’endroit de la puissance publique, où le besoin de transparence atteint des sommets (pensons à la création de la haute autorité pour la transparence financière de la vie politique), où la nécessité de prouver l’efficacité des politiques publiques devient un leitmotiv, il paraît, ici et maintenant, plus qu’essentiel de se poser la question de l’Etat au XXIsiècle.

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