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Le service public, une exigence démocratique ?

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Extraits de l’entretien que j’ai réalisé avec Anna Musso et paru dans le journal l’Humanité le 9 mars 2018 :

Réforme hospitalière, réforme du baccalauréat,  ordonnances SNCF… comment analysez vous la politique du gouvernement en matière de service public ?

On remarque une certaine urgence à agir, il faut être dans la démonstration de la modernité. Aller vite, utiliser un champ lexical qui induit la rationalisation, la transformation, allumer différents feux pour être en mouvement et insaisissable pour ses adversaires.

Un engrenage de réformes, pointillistes et peu coordonnées, qui manque d’une vision globale sur ce que doivent être les services publics au 21e siècle. Cette question de l’Etat, de nos services publics, est pourtant essentielle car elle est au carrefour de la réflexion sur notre avenir commun. Elle conditionne ce que nous souhaitons pour le vivre-ensemble, le maillage de nos liens sociaux et de nos territoires.

Depuis une soixantaine d’années, les gouvernements successifs se sont empressés de vouloir moderniser l’Etat, ce que montre très bien les travaux du politiste Philippe Bezes (Réinventer l’Etat. Les réformes de l’administration française), sans penser ce que devait être l’Etat. Avec en toile de fond, depuis les années 1980, cette fameuse saillie de Reagan : « L’Etat est plus le problème que la solution ». Il faut donc réduire les périmètres d’intervention, libéraliser. C’est l’ère des méthodes privées appliquées aveuglément à la sphère publique, le New Public Management.

Les fonctionnaires sont trop souvent et depuis bien longtemps des boucs-émissaires, ils sont des chiffres qu’on l’on pourrait baisser à l’infini. Ce culte du chiffre est absurde, il faut le désacraliser.

Les fonctionnaires, ce sont des femmes et des hommes engagés, ce sont des visages, ce sont les artisans de la République du quotidien. Car ce sont des métiers et des vocations, qui s’ils étaient supprimés, réduits ou transférés au privé, rendraient notre vie plus coûteuse, plus angoissante. Imaginez si nous devions payer directement, par nous même, pour notre santé, notre sécurité, l’éducation de nos enfants, ou le régime de retraite de nos parents.

Justement, face à sa disparition dans les territoires, que reste-t-il de l’esprit « service public » ?

Une certaine forme de schizophrénie est palpable : les français sont attachés à leurs services publics mais ils sont toujours défiants à l’endroit de ceux qui les délivrent.

Aujourd’hui, les services publics sont notre bien commun, garants de l’intérêt général. Chaque citoyen doit se retrouver en eux et se sentir considéré. Soyons clairs : quand les services publics faiblissent, la France recule, la République perd du terrain. On le voit bien dans nos territoires, avec une montée du Front National qui joue sur cet abandon.

En quoi est-il urgent de préserver les services publics et comment les développer ?

Il y a une urgence démocratique, celle de reconnecter les citoyens avec la chose publique. Plutôt que de s’enfermer dans des discours techniciens, sur le volume de la dépense publique ou le statut des fonctionnaires, il serait préférable de créer un espace public où nous pourrions échanger, dialoguer sur l’action publique de demain, celle du 21e siècle, la bâtir avec les citoyens.

Les collaborations entre services publics et société civile se développent, il faut y être attentif. Sans pour autant que cela soit synonyme d’une diminution irréfléchie du rôle de l’Etat, comme cela a été le cas au Royaume-Uni avec le programme de Big society de David Cameron.

Il y a une culture nouvelle de l’interaction entre public et privé, de l’expérimentation, de l’évaluation et de l’innovation publique à construire. Se connecter davantage sur les initiatives de la société civile qui viennent compléter et améliorer les politiques publiques.

La préservation de nos services publics et leur amélioration, est un enjeu essentiel. Nous devons lutter contre cette « phobie d’Etat », pour reprendre les mots du philosophe Michel Foucault. L’étendue des possibles est vaste, propulsée par les potentialités numériques.

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2056 : Quel Etat ? Quelle politique ? Quand l’action publique rencontre la science-fiction !

Contributions_modifié-1Le futur est déstabilisant, insaisissable. Que seront le monde, la France en 2056 ? L’étendue des possibles est vaste, exaltante, angoissante.

Un État omnipotent, une pieuvre tentaculaire ? Un gouvernement qui s’appuie sur les technologies numériques pour contrôler, prédire, deviner nos besoins, nos désirs, nos comportements politiques avant même que nous ne les exprimions ?

On peut imaginer des services publics délivrés par des humanoïdes, corvéables à merci, esclaves des temps nouveaux. Une course effrénée vers la performance totale, le culte du chiffre, qui nous ferait insérer des puces, nanotechnologies, dans les cerveaux des fonctionnaires pour augmenter leur capacité de travail.

À l’inverse, l’État sera peut-être réduit à une peau de chagrin. Dans ce scénario, les citoyens, usés par les incantations politiques, gorgés d’une soif de liberté, s’organiseraient seuls, sans structures, ni intermédiaires. Chacun défendrait sa petite parcelle d’humanité : retour à l’État de nature où l’homme est un loup pour l’homme.

Et si les ressources énergétiques nous manquaient ? Comment alors faire fonctionner nos administrations, alimenter l’organisation de notre société ? Plus de lumière dans les rues, les transports publics s’arrêteraient au milieu des voies et les ordinateurs dans les écoles seraient remplacés par les tableaux noirs d’un siècle passé. La finitude des ressources nous conduirait alors à une certaine lenteur, à l’abandon d’un confort devenu obsolète.

À la manière de 1984 de George Orwell, de Paris au XXème siècle de Jules Verne ou encore de Nous autres de Ievgueni Zamiatine, les dix nouvelles de ce recueil se projettent dans notre avenir et en dessinent les contours. Utopies ? Réalités augmentées ? Prédire avec minutie les transformations profondes de notre civilisation, voilà un des rôles essentiels de la littérature : c’est-c’est-à-dire écrire pour ne pas laisser au futur le dernier mot…

Les auteurs de ce recueil sont des arpenteurs de l’avenir, des archéologues du futur. Ils dessinent des horizons souhaitables, désirables, avec des services publics bienveillants, c’est eXploi pour trouver un travail dans « Haute Résolution ». Ils décrivent aussi des sociétés de contrôle dans lesquelles l’État est dilué et n’existe quasiment plus. La dégradation du climat, 9 les dérèglements socio-économiques ont eu des conséquences extrêmes. Les économies libérales n’ont pas résisté à la pénurie ni à l’inefficacité politique qui en ont résulté. Des soubresauts démocratiques, des actions citoyennes tentent parfois d’exister (« Je me souviens d’un avenir incertain »).

Bien souvent, la conduite des pays et des sociétés est assurée par une unité centrale informatisée, ironiquement nommé Aristote dans une nouvelle. D’autres vont encore plus loin en instituant un Comité de direction, le COMDIR, composé d’un « savant panachage d’humains, d’organismes vivants de tous ordres et de puissants algorithmes » (« Mozart avec nous »).

Les technologies sont omniprésentes et nous font entrer dans le règne d’une domination technique où la transparence est devenue une vertu cardinale (« Antigone. 56 »). Tout se décide sur écran : éducation, logement, travail, santé (« 1 150 Conventionnels »), vie affective, alimentation, reproduction (« La Candidate »)… C’est parfois un progrès, car la raison règne. C’est bien souvent une perte, car la machine gouverne : « un système algorithmique venait de remplacer des petits fonctionnaires » est notamment mis en exergue dans « Relèves d’acier ».

Plusieurs nouvelles donnent aussi à voir les effets que peuvent avoir les administrations publiques sur les gens, la façon dont elle transforme les comportements (« La Tour »). Certaines évoquent le difficile équilibre à trouver entre exigence d’efficacité de l’administration et privatisation qui peut mener à certaines dérives comme la captation des ressources par un groupuscule, le club des Starters, dans « La Réduplique ».

Au fond, c’est la question fondamentale du pouvoir qui est posée. Le « nouveau monde numérique » qui se dévoile semble le distribuer différemment. Le pouvoir n’est plus vraiment décelable en un lieu précis mais se définit au contraire par son ubiquité. Il peut être lu comme une espèce de flux qui traverse et connecte l’ensemble des éléments de la société.

Dans cet ouvrage, nous avons essayé d’ouvrir les possibles. Comme le dit si justement le philosophe Gaston Bachelard, « imaginer, c’est hausser le réel d’un ton ». Plonger dans le futur pour mieux comprendre le présent. Débrider l’imagination, décaler le regard pour sortir du règne de l’instantanéité. Le slogan révolutionnaire « L’imagination au pouvoir », c’était il y a cinquante ans déjà. Il est grand temps de le mettre en pratique.

Pour découvrir ces nouvelles aux Editions La Tengo et plonger dans le futur, cliquez ci-après:

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Que valent les méthodes du « nouveau management public » ?

Vidéos_modifié-1Depuis plusieurs décennies, les outils et méthodes dites du « New Public Management » se sont généralisés dans les administrations publiques. Ce concept recouvre la réalité d’une gestion par la performance, d’une quête de rentabilité des services publics et plus généralement se présente sous la forme d’une rhétorique antibureaucratique visant la transformation de la gestion des administrations. Mais que valent vraiment ces méthodes ?

Mon interview vidéo, à Xerfi Canal, à retrouver ici (cliquez sur l’image):

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